Les chasseurs : des observateurs naturalistes qui s’ignorent ?

Cet article a pour intention de questionner les pratiques de collecte de l’information naturaliste ; il veut lancer des pistes et mettre en valeur des activités pratiquées par les chasseurs : les observations naturalistes ou la collecte d’informations de terrain.

Si les chasseurs « de terrain » participent activement à des réseaux, observatoires ou comptages liés à la faune aujourd’hui ceux-ci sont aussi de plus en plus professionnalisés d’une part et d’autre part demeure la question de leur valorisation auprès du grand public, comment les données naturalistes des chasseurs peuvent elle participer à faire évoluer le débat public ? Que ces informations ne restent pas en vase clos ? Au sein de querelles de spécialistes (exemple ces derniers mois pour l’oie cendrée) mais participent aussi à des préoccupations citoyennes (tel que le climat, la qualité de notre cadre de vie).

L’observation naturaliste

L’observation naturaliste est la technique qui consiste à observer les comportements tels qu’ils apparaissent spontanément dans des conditions naturelles. C’est une méthode descriptive qui s’applique au comportement animal (éthologie) mais aussi humain.

Côté espèce : ce type d’observation n’est donc pas celle de l’action de chasse ; le chasseur modifiant fortement le comportement de l’espèce observé. Par exemple dans le cadre d’une battue on peut recenser de nombreux comportements liés à la pratique de la chasse : en l’occurrence, le chasseur avant de mettre en œuvre son action de chasse a mobilisé des compétences et une connaissance qui lui est propre pour préparer et aboutir au prélèvement. C’est ce faisceau de capacités qui m’intéresse :

  • capacité de connaissance géographique de son territoire
  • capacité de connaissance règlementaire, administrative
  • capacité de connaissance des habitudes du gibier (de sa biologie)
  • capacité de maîtrise technique d’engins de capture ou de tir
  • capacité relationnelles
  • capacités à œuvrer pour un projet commun

Le chasseur est un homme qui détient et met en œuvre un savoir-faire pratique qui demande une vision globale et en même temps des savoirs techniques de spécialistes.

Des données à exploiter

Le chasseur par son activité mobilise donc un grand nombre d’informations pour accomplir son loisir.

Nous pourrions en citer d’autres mais ces quelques exemples montrent aussi quelles pourraient être les thématiques de données à interroger et à valoriser. Non pas des données sur les espèces animales mais sur le comportement du chasseur. Notamment sur le budget temps consacré à la sécurité : qu’y a t-il derrière « une démarche sécurité » de terrain ? Comment s’applique-t-elle très concrètement sur le terrain ? Je m’explique : les chasseurs sont et seront, sans cesse remis en cause par leurs détracteurs puisqu’ils utilisent des armes. N’ont-ils pas intérêt à mettre en place un observatoire participatif (qui demanderait leur collaboration bénévole sur le sujet) pour collecter des informations et valoriser le temps qu’il consacre à cette thématique ? en partant de l’observation des phénomènes qui se déroulent à « la base » ? Certes un énorme travail est dispensé par les fédérations des chasseurs cependant l’on pourrait réinterroger les démarches actuelles (ce qu’on appelle une analyse de la pratique) à la lumière de l’image qui en résulte dans les médias.

Par rapport à l’énergie dépensée sur ce sujet, l’image auprès du public s’améliore-t-elle ? Les données compilées sur le sujet sont-elles traitées correctement ? et en premier lieu : les questions d’origine sont-elles bien posées ?

Quelles méthodologies pour le traitement des informations ?

Me revient en mémoire une méthodologie développée par un technicien de fédération sur la gestion du sanglier. L’objectif était d’avoir une vision en temps réel afin d’aider les équipes à régler leur pression de chasse.

Il tirait l’essentiel de ces données du traitement des informations issues du carnet de battues. Cet outil règlementaire et bien connu par les différents responsables cynégétiques, était dans ce cas très complet car il mesurait des données liées à l’activité chasse elle-même. L’objet n’était pas d’évaluer, au sens de juger des bonnes pratiques des chasseurs, mais de mesurer des tendances à partir de données chiffrées qui, analysées correctement permettaient aux équipe de corriger si nécessaire leur pression de chasse pour atteindre leurs objectifs (Plan de chasse par exemple).

Il avait mis en place un outil relativement simple, sous forme papier, bien renseigné par les chasseurs de terrain parce que pratique et utilisable in situ . Ces données précieuses permettaient de faire des observations naturalistes (au sens de décrire des comportements) objectives sur l’activité chasse du sanglier et d’en tirer certaines conclusions mais aussi des pistes d’actions très concrètes pour un territoire local. Une des données facilement enregistrable par les chasseurs était l’état de la glandée et/ou de la faînée annuelle. A partir d’une classe d’abondance évaluée empiriquement par le chasseur, cette information permettait de prédire aussi si les sangliers « descendraient » ; je caricature volontairement, en plaine pour faire des dégâts.

Au final les résultats exploitables renseignaient bien sur deux comportements :

  • l’animal sanglier
  • l’humain chasseur

En se posant dès l’origine la bonne question, on peut mettre en face le protocole et les outils de collecte de données qui permettront de valoriser les données naturalistes (Espèce ou comportement humain) qui sont susceptibles d’améliorer le débat, l’opinion des acteurs chasseurs et non chasseurs et d’aider à la décision.

Améliorer les connaissances par la collecte des données

C’est le cas des protocoles de sciences participatives qui fleurissent aujourd’hui : des naturalistes , des bénévoles citoyens peuvent , parce qu’ils sont passionnés par certaines espèces collecter de l’information et nourrir des modèles d’analyses scientifiques permettant d’obtenir des informations en lien avec des sujets d’actualité ; c’est le cas d’indices établis à partir de protocoles sur les oiseaux (STOC) et du réchauffement climatique.

Pourquoi est-ce que je fais le parallèle avec les chasseurs ? Parce que l’organisation en terme structurel me semble assez proche :

  • engagement de passionnés
  • collaboration du monde professionnel et de bénévoles
  • dynamique de réseau
  • résultats traités par des scientifiques
  • œuvrer pour un projet collectif de société autour de la biodiversité

Le monde de la chasse « de terrain » possède des atouts qu’il n’exploite pas assez pour mettre en place des projets innovants : à quand une base de données « communicative » c’est à dire réagissant en temps réelle sur le sanglier (données « Espèce ») ET sa chasse (données « Pratique de chasse ») ? Parmi les moyens à déployer, ce pourrait être la transmission de données du carnet de battues in situ via des outils mobiles internet (tablettes ou smartphones) et une cellule scientifique.

C’est déjà le cas (sur d’autres espèces et des pratiques d’observation de la biodiversité différente) dans certaines associations de protection de la nature…

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